contra nequitiam et insidias
diaboli esto praesidium.
Imperet illi Deus, supplices
deprecamur: tuque, Princeps militiae caelestis, Satanam aliosque spiritus
malignos, qui ad perditionem animarum pervagantur in mundo, divina virtude
in infernum detrude. Amen
En cas d’attaque
israélienne contre le Hezbollah, la Syrie s’engage à
riposter, rapporte le journal qatari Al Watan,
mercredi passé. Toute menace envers la sécurité
libanaise sera considérée comme une menace adressée
directement à Damas, précisent des sources
syriennes. La Syrie aurait pris connaissance, par
ailleurs, du « déploiement et des manœuvres de
l’armée israélienne le long de la frontière Nord ».
Selon les autorités locales, une incursion
israélienne est prévue en mai au Liban.
Toujours de source
syrienne, l’administration américaine aurait fait
comprendre aux Libanais que, s’ils ne parviennent
pas à désarmer le Hezbollah, « l’Etat hébreu
envahira le pays jusqu’à Beyrouth ».
Enfin, un représentant du
Hamas à Beyrouth a affirmé que son mouvement
combattra aux côtés du Hezbollah dans sa prochaine
guerre contre Israël, selon la radio de l’armée.
« Israël doit savoir que, s’il attaque, nous ne
choisirons pas la passivité », a-t-il ajouté.
URL to article:
http://www.geostrategie.com/2333/damas-defendra-le-hezbollah
La guerre
récemment menée par le gouvernement et larmée
israélienne dans la bande de Gaza, déjà victime dun
blocus, remet en évidence la responsabilité toute
particulière des Etats-Unis et de lUnion Européenne
dans la perpétuation de linjustice faite au peuple
palestinien, privé de ses droits fondamentaux.
Il y a urgence de mobiliser les opinions publiques
pour que les Nations Unies et les Etats membres
prennent les mesures indispensables pour mettre fin à
limpunité de lEtat dIsraël, et pour aboutir à un
règlement juste et durable de ce conflit.
A lappel des trois personnalités Ken Coates, Nurit
Peled et Leila Shahid, et sous le parrainage dune
centaine de personnalités internationalement
reconnues, il a ainsi été décidé dorganiser un
Tribunal Russell sur la Palestine.
Fondé sur lAvis de la Cour Internationale de Justice
du 9 Juillet 2004 et les résolutions pertinentes de
lOrganisation des Nations Unies, ce Tribunal Russell
sur la Palestine est une initiative citoyenne, qui se
propose de remettre le droit International au centre
de la question israélo-palestinienne.
Au-delà de la stricte responsabilité israélienne, il
sagit de démontrer dans quelle mesure les Etats tiers
et Organisations internationales sont complices, par
leur passivité et/ou par leur soutien actif, des
violations des droits du Peuple Palestinien commises
par Israël, et du fait que cette situation perdure et
saggrave.
Il sagira par la suite détablir comment cette
complicité donne lieu à des responsabilités
internationales.
Lorganisation dun Tribunal Russell sur la Palestine,
avec des modalités de fonctionnement décentralisées,
des audiences publiques, répond également à lobjectif
de réaliser un large plaidoyer, largement médiatisé.
Lorganisation dun Tribunal Russell nayant pas de
caractère officiel, la portée de ses prononcés et ses
conclusions repose sur sa capacité à mobiliser
lopinion publique qui fera, à sont tour, pression sur
les gouvernements pour obtenir les changements
politiques indispensables à la réalisation dune paix
juste et durable au Proche Orient.
Les Juifs
forment-ils un peuple ? A cette question ancienne, un
historien israélien apporte une réponse nouvelle.
Contrairement à l’idée reçue, la diaspora ne naquit pas de
l’expulsion des Hébreux de Palestine, mais de conversions
successives en Afrique du Nord, en Europe du Sud et au
Proche-Orient. Voilà qui ébranle un des fondements de la
pensée sioniste, celui qui voudrait que les Juifs
soient les descendants du royaume de David et non — à Dieu
ne plaise ! — les héritiers de guerriers berbères ou de
cavaliers khazars.
Tout Israélien sait, sans l’ombre d’un doute, que le
peuple juif
existe depuis qu’il a reçu la Torah (1)
dans le Sinaï, et qu’il en est le descendant direct et
exclusif. Chacun se persuade que ce peuple, sorti
d’Egypte, s’est fixé sur la « terre promise », où fut
édifié le glorieux royaume de David et de Salomon, partagé
ensuite en royaumes de Juda et d’Israël. De même, nul
n’ignore qu’il a connu l’exil à deux reprises : après la
destruction du premier temple, au VIe siècle avant J.-C.,
puis à la suite de celle du second temple, en l’an
70 après J.C.
S’ensuivit pour lui une errance de près de deux mille
ans : ses tribulations le menèrent au Yémen, au Maroc, en
Espagne, en Allemagne, en Pologne et jusqu’au fin fond de
la Russie, mais il parvint toujours à préserver les liens
du sang entre ses communautés éloignées. Ainsi, son
unicité ne fut
pas altérée. A la fin du XIXe siècle, les conditions
mûrirent pour son retour dans l’antique patrie. Sans le
génocide nazi, des millions de Juifs
auraient naturellement repeuplé Eretz Israël (« la terre
d’Israël ») puisqu’ils en rêvaient depuis vingt siècles.
Vierge, la Palestine attendait que son
peuple originel vienne la faire refleurir. Car elle lui
appartenait, et non à cette minorité arabe, dépourvue
d’histoire, arrivée là par hasard. Justes étaient donc les
guerres menées par le peuple errant pour reprendre
possession de sa terre ; et criminelle l’opposition
violente de la population locale.
D’où vient cette interprétation de l’histoire juive ? Elle
est l’œuvre, depuis la seconde moitié du XIXe siècle, de
talentueux reconstructeurs du passé, dont l’imagination
fertile a inventé,
sur la base de morceaux de mémoire religieuse, juive et
chrétienne, un enchaînement généalogique continu pour le
peuple juif.
L’abondante historiographie du judaïsme comporte, certes,
une pluralité d’approches. Mais les polémiques en son sein
n’ont jamais remis en cause les conceptions essentialistes
élaborées principalement à la fin du XIXe siècle et au
début du XXe.
Lorsque apparaissaient des découvertes susceptibles de
contredire l’image du passé linéaire, elles ne
bénéficiaient quasiment d’aucun écho. L’impératif
national, telle une mâchoire solidement refermée, bloquait
toute espèce de contradiction et de déviation par rapport
au récit dominant. Les instances spécifiques de production
de la connaissance sur le passé juif
— les départements exclusivement consacrés à l’« histoire
du peuple juif »,
séparés des départements d’histoire (appelée en Israël
« histoire générale ») — ont largement contribué à cette
curieuse hémiplégie. Même le débat, de caractère
juridique, sur « qui est juif
? » n’a pas préoccupé ces historiens : pour eux, est
juif
tout descendant du peuple contraint à l’exil il y a deux
mille ans.
Ces
chercheurs « autorisés » du passé ne participèrent pas non
plus à la controverse des « nouveaux historiens », engagée
à la fin des années 1980. La plupart des acteurs de ce
débat public, en nombre limité, venaient d’autres
disciplines ou bien d’horizons extra-universitaires :
sociologues, orientalistes, linguistes, géographes,
spécialistes en science politique, chercheurs en
littérature, archéologues formulèrent des réflexions
nouvelles sur le passé juif
et sioniste. On comptait également dans leurs rangs des
diplômés venus de l’étranger. Des « départements
d’histoire juive » ne parvinrent, en revanche, que des
échos craintifs et conservateurs, enrobés d’une rhétorique
apologétique à base d’idées reçues.
Le judaïsme, religion prosélyte
Bref, en soixante ans, l’histoire nationale
a très peu mûri, et elle n’évoluera vraisemblablement pas
à brève échéance. Pourtant, les faits mis au jour par les
recherches posent à tout historien honnête des questions
surprenantes au premier abord, mais néanmoins
fondamentales.
La
Bible peut-elle être considérée comme un livre
d’histoire ? Les premiers historiens juifs
modernes, comme Isaak Markus Jost ou Leopold Zunz, dans la
première moitié du XIXe siècle, ne la percevaient pas
ainsi : à leurs yeux, l’Ancien Testament se présentait
comme un livre de théologie constitutif des communautés
religieuses juives après la destruction du premier temple.
Il a fallu attendre la seconde moitié du même siècle pour
trouver des historiens, en premier lieu Heinrich Graetz,
porteurs d’une vision « nationale » de la Bible : ils ont
transformé le départ d’Abraham pour Canaan, la sortie
d’Egypte ou encore le royaume unifié de David et Salomon
en récits d’un passé authentiquement national. Les
historiens sionistes n’ont cessé, depuis, de réitérer ces
« vérités bibliques », devenues nourriture quotidienne de
l’éducation nationale.
Mais voilà qu’au cours des années 1980 la
terre tremble, ébranlant ces mythes fondateurs. Les
découvertes de la « nouvelle archéologie » contredisent la
possibilité d’un grand exode au XIIIe siècle avant notre
ère. De même, Moïse n’a pas pu faire sortir les Hébreux
d’Egypte et les conduire vers la « terre promise » pour la
bonne raison qu’à l’époque celle-ci... était aux mains des
Egyptiens. On ne trouve d’ailleurs aucune trace d’une
révolte d’esclaves dans l’empire des pharaons, ni d’une
conquête rapide du pays de Canaan par un élément étranger.
Il
n’existe pas non plus de signe ou de souvenir du somptueux
royaume de David et de Salomon. Les découvertes de la
décennie écoulée montrent l’existence, à l’époque, de deux
petits royaumes : Israël, le plus puissant, et Juda, la
future
Judée. Les habitants de cette dernière ne subirent pas non
plus d’exil au VIe siècle avant notre ère : seules ses
élites politiques et intellectuelles durent s’installer à
Babylone. De cette rencontre décisive avec les cultes
perses naîtra le monothéisme juif.
L’exil de l’an 70 de notre ère a-t-il, lui, effectivement
eu lieu ? Paradoxalement, cet « événement fondateur » dans
l’histoire des Juifs,
d’où la diaspora tire son origine, n’a pas donné lieu au
moindre ouvrage de recherche. Et pour une raison bien
prosaïque : les Romains n’ont jamais exilé de peuple sur
tout le flanc oriental de la Méditerranée. A l’exception
des prisonniers réduits en esclavage, les habitants de
Judée continuèrent de vivre sur leurs terres, même après
la destruction du second temple.
Une
partie d’entre eux se convertit au christianisme au IVe
siècle, tandis que la grande majorité se rallia à l’islam
lors de la conquête arabe au VIIe siècle. La plupart des
penseurs sionistes n’en ignoraient rien : ainsi, Yitzhak
Ben Zvi, futur
président de l’Etat d’Israël, tout comme David Ben
Gourion, fondateur de l’Etat, l’ont-ils écrit jusqu’en
1929, année de la grande révolte palestinienne. Tous deux
mentionnent à plusieurs reprises le fait que les paysans
de Palestine sont les descendants des habitants de
l’antique Judée (2).
A
défaut d’un exil depuis la Palestine romanisée, d’où
viennent les nombreux Juifs
qui peuplent le pourtour de la Méditerranée dès
l’Antiquité ? Derrière le rideau de l’historiographie
nationale se cache une étonnante réalité historique. De la
révolte des Maccabées, au IIe siècle avant notre ère, à la
révolte de Bar-Kokhba, au IIe siècle après J.-C, le
judaïsme fut
la première religion prosélyte. Les Asmonéens avaient déjà
converti de force les Iduméens du sud de la Judée et les
Ituréens de Galilée, annexés au « peuple d’Israël ».
Partant de ce royaume judéo-hellénique, le judaïsme
essaima dans tout le Proche-Orient et sur le pourtour
méditerranéen. Au premier siècle de notre ère apparut,
dans l’actuel Kurdistan, le royaume juif
d’Adiabène, qui ne sera pas le dernier royaume à se
« judaïser » : d’autres en feront autant par la suite.
Les
écrits de Flavius Josèphe ne constituent pas le seul
témoignage de l’ardeur prosélyte des Juifs.
D’Horace à Sénèque, de Juvénal à Tacite, bien des
écrivains latins en expriment la crainte. La Mishna et le
Talmud (3)
autorisent cette pratique de la conversion — même si, face
à la pression montante du christianisme, les sages de la
tradition talmudique exprimeront des réserves à son sujet.
La
victoire de la religion de Jésus, au début du IVe siècle,
ne met pas fin à l’expansion du judaïsme, mais elle
repousse le prosélytisme juif
aux marges du monde culturel chrétien. Au Ve siècle
apparaît ainsi, à l’emplacement de l’actuel Yémen, un
royaume juif
vigoureux du nom de Himyar, dont les descendants
conserveront leur foi après la victoire de l’islam et
jusqu’aux temps modernes. De même, les chroniqueurs arabes
nous apprennent l’existence, au VIIe siècle, de tribus
berbères judaïsées : face à la poussée arabe, qui atteint
l’Afrique du Nord à la fin de ce même siècle, apparaît la
figure légendaire de la reine juive Dihya el-Kahina, qui
tenta de l’enrayer. Des Berbères judaïsés vont prendre
part à la conquête de la péninsule Ibérique, et y poser
les fondements de la symbiose particulière entre juifs
et musulmans, caractéristique de la culture hispano-arabe.
La
conversion de masse la plus significative survient entre
la mer Noire et la mer Caspienne : elle concerne l’immense
royaume khazar, au VIIIe siècle. L’expansion du judaïsme,
du Caucase à l’Ukraine actuelle, engendre de multiples
communautés, que les invasions mongoles du XIIIe siècle
refoulent en nombre vers l’est de l’Europe. Là, avec les
Juifs
venus des régions slaves du Sud et des actuels territoires
allemands, elles poseront les bases de la grande culture
yiddish (4).
Ces
récits des origines plurielles des Juifs
figurent, de façon plus ou moins hésitante, dans
l’historiographie sioniste jusque vers les années 1960 ;
ils sont ensuite progressivement marginalisés avant de
disparaître de la mémoire publique en Israël. Les
conquérants de la cité de David, en 1967, se devaient
d’être les descendants directs de son royaume mythique et
non — à Dieu ne plaise ! — les héritiers de guerriers
berbères ou de cavaliers khazars. Les Juifs
font alors figure d’« ethnos » spécifique qui, après deux
mille ans d’exil et d’errance, a fini par revenir à
Jérusalem, sa capitale.
Les
tenants de ce récit linéaire et indivisible ne mobilisent
pas uniquement l’enseignement de l’histoire : ils
convoquent également la biologie. Depuis les années 1970,
en Israël, une succession de recherches « scientifiques »
s’efforce de démontrer, par tous les moyens, la proximité
génétique des Juifs
du monde entier. La « recherche sur les origines des
populations » représente désormais un champ légitimé et
populaire de la biologie moléculaire, tandis que le
chromosome Y mâle s’est offert une place d’honneur aux
côtés d’une Clio juive (5)
dans une quête effrénée de l’unicité d’origine du « peuple
élu ».
Cette conception historique constitue la base de la
politique identitaire de l’Etat d’Israël, et c’est bien là
que le bât blesse ! Elle donne en effet lieu à une
définition essentialiste et ethnocentriste du judaïsme,
alimentant une ségrégation qui maintient à l’écart les
Juifs
des non-Juifs
— Arabes comme immigrants russes ou travailleurs immigrés.
Israël, soixante ans après sa fondation, refuse de se
concevoir comme une république existant pour ses citoyens.
Près d’un quart d’entre eux ne sont pas considérés comme
des Juifs
et, selon l’esprit de ses lois, cet Etat n’est pas le
leur. En revanche, Israël se présente toujours comme
l’Etat des Juifs
du monde entier, même s’il ne s’agit plus de réfugiés
persécutés, mais de citoyens de plein droit vivant en
pleine égalité dans les pays où ils résident. Autrement
dit, une ethnocratie sans frontières justifie la sévère
discrimination qu’elle pratique à l’encontre d’une partie
de ses citoyens en invoquant le mythe de la nation
éternelle, reconstituée pour se rassembler sur la « terre
de ses ancêtres ».
Ecrire une histoire juive nouvelle, par-delà le prisme
sioniste, n’est donc pas chose aisée. La lumière qui s’y
brise se transforme en couleurs ethnocentristes appuyées.
Or les Juifs
ont toujours formé des communautés religieuses
constituées, le plus souvent par conversion, dans diverses
régions du monde : elles ne représentent donc pas un
« ethnos » porteur d’une même origine unique et qui se
serait déplacé au fil d’une errance de vingt siècles.
Le développement de toute historiographie
comme, plus généralement, le processus de la modernité
passent un temps, on le sait, par l’invention de la
nation. Celle-ci occupa des millions d’êtres humains au
XIXe siècle et durant une partie du XXe. La fin de ce
dernier a vu ces rêves commencer à se briser. Des
chercheurs, en nombre croissant, analysent, dissèquent et
déconstruisent les grands récits nationaux, et notamment
les mythes de l’origine commune chers aux chroniques du
passé. Les cauchemars identitaires d’hier feront place,
demain, à d’autres rêves d’identité. A l’instar de toute
personnalité faite d’identités fluides et variées,
l’histoire est, elle aussi, une identité en mouvement.
Shlomo Sand
Historien, professeur à l’université de
Tel-Aviv, auteur de
Comment
le peuple
juiffut
inventé,
à paraître chez Fayard en septembre.
(1)
Texte fondateur du judaïsme, la Torah — la racine
hébraïque yara signifie enseigner — se compose des cinq
premiers livres de la Bible, ou Pentateuque : Genèse,
Exode, Lévitique, Nombres et Deutéronome.
(2)
Cf. David Ben Gourion et Yitzhak Ben Zvi, « Eretz Israël »
dans le passé et dans le présent (1918, en yiddish),
Jérusalem, 1980 (en hébreu) et Ben Zvi, Notre population
dans le pays(en hébreu), Varsovie, Comité exécutif de
l’Union de la jeunesse et Fonds national juif,
1929.
(3)
La Mishna, considérée comme le premier ouvrage de
littérature rabbinique, a été achevée au IIe siècle de
notre ère. Le Talmud synthétise l’ensemble des débats
rabbiniques concernant la loi, les coutumes et l’histoire
des Juifs.
Il y a deux Talmud : celui de Palestine, écrit entre le
IIIe et le Ve siècle, et celui de Babylone, achevé à la
fin du Ve siècle.
(4)
Parlé par les Juifs
d’Europe orientale, le yiddish est une langue
slavo-allemande comprenant des mots issus de l’hébreu.
(5)
Dans la mythologie grecque, Clio était la muse de
l’Histoire.
M. Bruno Guigue, sous-préfet de Saintes, a été récemment limogé
pour avoir diffusé, sur le site Oumma.com, un article intitulé «
Quand le lobby pro-israélien se déchaîne contre l’ONU ». M. Guigue
a, par ailleurs, publié plusieurs livres sur le conflit
israélo-arabe et la situation au Proche-Orient(*) et ses opinions
à ce sujet étaient connues.
26 mars 2008
Bruno Guigue
Pourquoi donc l’a-t-on limogé maintenant ? Pourquoi
n’a-t-on retenu que deux seules phrases, extraites du long article
qui s’en prenait essentiellement à une tribune publiée dans Le
Monde sous le titre « L’ONU contre les droits de l’homme »
[1]
; tribune signée notamment par Pascal Bruckner, Alain
Finkielkraut, Claude Lanzmann, Elie Wiesel, Pierre-André Taguieff,
Frédéric Encel ?
C’est la question pertinente qui est posée dans un article qui
mérite, à notre avis, une lecture exhaustive [2].
L’auteur de cet article, Nidal, trouve une première explication à
la question posée, dans le fait qu’« Israël lance sa campagne
contre Durban 2 » [3].
Il
relève, en effet, que « le Conseil des Droits de l’Homme de
l’ONU organise en 2009 une seconde conférence mondiale contre le
racisme à Durban, après celle de 2001, dénoncée par Israël et les
États-Unis comme un « cirque » antisémite et anti-israélien ».
Il
observe que, depuis février 2008, « les milieux sionistes se
passionnent pour la préparation de cette conférence (alors que le
sujet ne passionne tout de même pas les foules) : il faut
délégitimer la conférence de manière préventive ».
Il
remarque que tel apparaît bien le but de la tribune publiée dans
Le Monde sous le titre « L’ONU contre les droits de
l’homme », et qui dénonce le « Conseil des droits de
l’homme », organisateur de la conférence de Durban (tribune
contre laquelle a réagi M. Guigue dans l’article qui lui est
reproché).
Il
trouve une seconde explication dans une volonté de « mise au
pas de l’exécutif » de la part d’un nouveau gouvernement
pro-israélien qui « aura le sentiment de se heurter à une
administration moins... convaincue », et dans le fait que «
l’orientation « pro-arabe » de l’administration française est au
cœur des préoccupations des agitateurs pro-israéliens ».
Il
relève enfin, exemples à l’appui, que le « devoir de réserve »
invoqué pour limoger M. Guigue ne s’applique, à sens unique, que
lorsque l’on s’en prend à Israël, et pas quand on s’en prend aux
musulmans.
Il nous paraît que l’auteur de cet article a bien vu les enjeux
de l’affaire et la stratégie mise en œuvre.
Le lancement et la manipulation de débats (qui vont dans le sens
de la politique belliciste néoconservatrice des Etats-Unis et de
leur nouveau petit caniche sarkozyien - contre Durban, contre le
Soudan au sujet du Darfour, contre la Chine par Tibétains
instrumentalisés et interposés, contre Chavez, contre le Hamas,
contre le Hezbollah, l’Iran, la Syrie, etc) contre les cibles du
lobby pro-israélien français a commencé il y a fort longtemps.
Mais elle est devenue très efficace depuis que les prétendus «
nouveaux philosophes » (qui n’ont jamais rien apporté à la
philosophie) sont dans les coulisses de la présidence Sarkozy.
Quant au fait que l’UJPF (Union Juive Française pour la Paix) ait
apporté son soutien [4]
à Bruno Guigue, on ne peut que s’en féliciter. Mais cela ne permet
pas d’oublier que des responsables de cette association se sont
employés, ces dernières années, à lancer des appels à la «
vigilance », à isoler et ostraciser nombre de gens en les accusant
à tort et à travers d’« antisémitisme » parce qu’ils critiquaient
la politique d’Israël d’une manière qui ne leur convenait pas
(pour des raisons idéologiques ?), et à alimenter des campagnes
mensongères.
On pourra vraiment croire que l’UJFP ne pratique pas, selon ses
propres convenances, une défense à la tête du client, lorsqu’elle
prendra la défense de tous ceux qui, à cause de leur critique
d’Israël, se sont vus traînés dans la boue. Nous pensons par
exemple à Dieudonné, que le président de l’UJFP Pierre Stambul a
contribué à salir [5],
alors qu’il était déjà la cible du CRIF et d’avocats qui le
traînaient d’un tribunal à l’autre. Le jour où cette association
présentera ses excuses à tous ceux que ses dirigeants ont insultés
nous pourrons la croire sincère dans ses positions.
Silvia Cattori
(*) Parmi ces ouvrages : « Aux origines du conflit
israélo-arabe », et « Proche-Orient : la guerre des mots »,
Editions l’Harmattan
Pour l’article qui lui a valu d’être limogé, voir :
http://oumma.com/Quand-le-lobby-pro-israelien-se
[3]
À la Conférence Mondiale contre le Racisme, organisée à Durban en
septembre 2001 sous la houlette du haut commissaire des Droits de
l’Homme à l’ONU, Israël a été désigné comme Etat raciste.
[4]
Soutien assorti toutefois d’une étrange réserve lorsque l’UJFP
nuance le propos de Bruno Guigue en disant qu’Israël « n’est
sans doute pas le seul » pays dont les snippers tirent sur des
petites filles à la sortie des écoles. Les responsables de l’UJFP
peuvent-ils citer un pays où, depuis 1987, des bataillons de
soldats en jeeps et chars entrent, jour après jour, parfois
plusieurs fois par jour, dans les camps de réfugiés de Jenin et de
Balata comme nous l’avons vu nous-mêmes, exciter les enfants, les
provoquer jusqu’à ce que ces enfants, fous de rage lancent des
pierres, et en tirer ainsi prétexte pour les viser, les blesser,
les mutiler, les tuer ?
J’ai été personnellement témoin des crimes de l’armée israélienne
sur les enfants, voir par exemple : «
Les enfants de Market Street
», 22 mars 2004. «
BALATA ou la mort à petit feu
», 12 décembre 2003 «
Tsahal : une armée qui mène la guerre
contre des enfants », 3 décembre 2003
[5]
M. Stambul est intervenu auprès de sites pour faire enlever un
entretien de Dieudonné qu’il accusait d’antisémitisme, par
exemple. « Je suis assez ahuri de trouver cet "entretien" de
Sylvia Cattori et de Dieudonné (…) Si ce genre d’article continue
de passer sur « Marseille solidaire » je demanderai à être
désinscrit » Voir
: «
Palestine : l’ampleur de la tragédie
exige un soutien sans faille », 30 janvier
La défaite du Liban a
révélé que l'armée israélienne était devenue un ectoplasme
Dire NON
aux chasseurs de Goliath
AUTEUR: Gilad ATZMON
Traduit par Fausto Giudice
dales« L’obsession (‘dibouk’) de Nasrallah, qui
a hanté les décideurs (israéliens) tout au long de la deuxième
guerre du Liban , a plusieurs raisons. En premier lieu, Israël a
toujours perçu les ( dirigeants) arabes comme des personnes
privées plutôt que des représentants de systèmes politiques.
Même les analystes des médias et politiciens faisaient référence
à « Assad », à « Arafat » ou à « Nasrallah », plutôt qu’aux États
et aux organisations qu’ils représentent. Aux yeux des décideurs
(israéliens), tout comme à ceux des médias et de l’opinion
publique, le monde arabe était dirigé par des individus plutôt que
par des systèmes de gouvernement et, par conséquent, la meilleure
manière de l’influencer était, dans la plupart des cas, de
balancer une bombe au bon endroit. »
Ofer Shelah et Yaov Limor,
Captives in Lebanon,
Miskal, Yedioth Ahrononth and Chemed Books, 2007, p. 95.
Les Israéliens ont tendance à personnaliser
tout conflit. Certes, ce faisant, ils ne sont ni originaux ni
innovateurs. Ils ne font de fait que suivre l’enseignement
biblique. Dans la vision juive du monde, l’histoire et l’éthique
sont souvent réduites à un simple et banale opposition binaire.
Par exemple, la bataille à mort entre David le « juste » et
Goliath le « méchant » incarne le combat entre les « bons »
Israélites et les « mauvais » Philistins. Bien que ce récit
biblique particulier, puisse être compris en des termes purement
littéraires, les similitudes avec les Israélites contemporains
sont particulièrement inquiétantes. En Israël, il existe une voie
express, qui mène directement du « rôle de l’assassin » aux
fauteuils ministériels. En permanence, nos Israélites des temps
modernes supplient leurs criminels couverts de décoartions de
devenir leurs rois, de prendre la tête de leur armée, et d’entrer
au gouvernement. C’est à l’évidence ce qui est arrivé à Sharon, à
Barak, à Mofaz, à Halutz, à Dichter et à bien d’autres .
Mais les Israéliens ne sont pas les seuls à se
livrer à ce jeu. La tendance à personnaliser et à concrétiser
l’histoire est très répandue chez les juifs. Aux yeux de beaucoup
de juifs, le Troisième Reich se résume à deux personnes : Hitler
et Goebbels. L’antisémitisme est souvent ramené à Wagner, Marx,
Weininger et ainsi de suite. De fait, la personnalisation ne fait
que simplifier la réalité ambiante, le cours de l’Histoire et son
interprétation. Une fois Hitler disparu, le Troisième Reich
n’existe plus ; une fois Wagner banni, il en sera forcément de
même de l’antisémitisme. Cette tendance à personnaliser les
conflits, les idéologies et les visions du monde obéit à une
perception infantile du monde : ce que vous ne voyez plus a du
cesser d’exister. Cela colle parfaitement avec le slogan
biblique : « œil pour œil, dent pour dent ». Et pourtant, il n’y a
là qu’un modèle d’autosuggestion. Cela associe de manière fausse
quelque chose d’abstrait avec quelque banale concrétisation. Cela
exonère les adeptes de ce sport de tout engagement intellectuel,
idéologique, critique et impliquant une réflexion sur soi-même.
Il est évident que l’interprétation sioniste de
l’histoire ne s’attache à rien de plus qu’au symptôme concret, à
la manifestation la plus simple de l’animosité qui l’entoure,
plutôt qu’au cœur du problème lui-même. Bon d’accord, Hitler a été
vaincu ; les juifs sont aujourd’hui plus que bienvenus en
Allemagne et en Europe mais l’État juif et les fils d’Israël sont
au moins aussi impopulaires, au Moyen-Orient, que l’étaient leurs
grands-parents il y a tout juste six décennies en Europe.
Apparemment, c’est la personnalisation de la Seconde guerre
mondiale et de l’Holocauste qui a aveuglé les Israéliens et leurs
partisans, les empêchant ainsi d’intérioriser la signification
réelle des circonstances et des événements qui conduisirent à leur
destruction. Si les sionistes comprenaient la signification réelle
de leur Holocauste, les Israélites contemporains seraient en
mesure d’éviter la destruction qui leur pend au nez dans le
future. De même, Wagner peut bien être interdit en Israël mais les
conditions qui amenèrent Marx, Weininger et Wagner à dire ce
qu’ils avaient à dire sont inchangées. Apparemment, de plus en
plus de gens, dans des milieux de plus en plus larges, réagissent
aujourd’hui de manière critique, politiquement et idéologiquement,
à Israël, au sionisme, au tribalisme juif et aux politiques
atrocement inhumaines qui dérivent du nationalisme et de ses
rejetons politiques et culturels.
Mais regardons les choses en face : il n’y a
pas que les Israéliens qui personnalisent les conflits. Grâce aux
néocons et à leur terrifiante influence présente sur le royaume
politique anglo-usaméricain, nous sommes tous exposés à quelque
simplification à outrance, à quelque personnalisation de
pratiquement tous les conflits dans lesquels l’Occident est
engagé. Apparemment, toute guerre actuelle de l’Occident occident
a un « visage », qui lui est lié. La « guerre contre le
terrorisme » a le visage barbu d’Oussama Ben Laden. La prétendue
« libération du peuple irakien » avait le visage de Saddam Hussein
en première position sur la liste des hommes à abattre. Dans le
cadre de la guerre sionisée des néocons, tout conflit idéologique
devient un complot visant à l’ « assassinat ciblé » d’une
personne. Puis-je rappeler qu’avant que les néocons ne lancent
leur opération pas mal réussie de sionisation de l’Amérique et de
la Grande-Bretagne, ces deux pays étaient impliqués dans des
guerres idéologiques et dans des conflits politiques qui n’étaient
nullement personnalisés. La Grande-Bretagne et les USA se sont
battus courageusement contre l’Allemagne du Troisième Reich
(plutôt que simplement contre Hitler). De même, ils ont eu un
clash froid avec « Les Rouges », (plutôt qu’avec le seul Staline).
Mais, à l’évidence, ce n’est plus le cas. Dans
un monde remodelé par les néocons, le système politique est réduit
à une chasse simpliste au Goliath biblique. Nous les justes, nous
les David, nous pourchassons les Goliath : Saddam, Ben Laden,
Assad et Ahmadinejad
Pourtant, au jour d’aujourd’hui, nous devrions
tous comprendre la futilité de cette philosophie. Autant Israël a
échoué à écraser la résistance palestinienne en tuant tout
dirigeant palestinien émergent un tant soit peu remarquable,
autant Israël a échoué à vaincre le Hezbollah en ciblant ses
dirigeants, autant l’Usamérique et la Grande-Bretagne sont
condamnées à échouer dans leurs actuelles batailles sionisées et
criminelles. Saddam est mort et pourtant, l’Irak et ses champs
pétrolifères sont encore loin d’atteinte. Ben Laden ne montre
jamais son visage en public et pourtant, la guerre contre le
terrorisme attend toujours un quelconque résultat
Je veux croire que la défaite qui vient
d’Israël et de ses lobbies sera saisie de manière appropriée par
l’opinion publique occidentale. Nous devons dire NON aux tactiques
sionisées, nous devons dire NON aux agents sionistes, nous devons
dire NON aux chasseurs de Goliath !
Anatomie d’une défaite kolossale
Un
an après l’humiliante défaite d’Israël au Liban, je me suis
retrouvé en train de passer en revue le fiasco israélien à travers
les yeux de deux analystes militaires renommés, Yoav Limor et Ofer
Shelah. Dans un ouvrage récent, intitulé Captives Of
Lebanon, les deux auteurs ont réussi à composer un
journal très détaillé de l’enchaînement des événements qui ont
mené à la guerre, de la guerre elle-même et de l’interminable
liste des échecs opérationnels, tactiques et stratégiques
israéliens. Miais Limor et Shelah ne se limitent pas à l’armée et
à ses commandants, ils transmettent avec talent l’image d’une
société dévoyée, d’une société qui s’est détachée progressivement
de sa propre réalité et de son environnement. Une société faisant
face aujourd’hui à un total effondrement moral, sous la direction
d’un leadership égotiste et autiste, sur les plans aussi bien
politique que militaire.
La défaite militaire d’Israël, l’année
dernière, au Liban, a pris le monde par surprise. Elle a d’emblée
été un choc pour l’administration de Bush, comme pour Tony Blair,
qui s’étaient empressés de donner à Israël le feu vert pour
détruire le leadership chiite du Liban, pour ne pas parler de la
destruction totale de l’infrastructure civile libanaise. Bush et
Blair ne furent pas les deux seuls à être choqués ; le monde arabe
fut lui-même assommé. Les dirigeants arabes ne sont pas habitués à
des défaites de l’armée israélienne. Les dirigeants arabes modérés
se sont vus contraints de suivre à la télé comment un clerc
musulman, seul, enseignait aux Israéliens le sens du mot
« défi ». Apparemment, le Cheikh Hassan Nasrallah et un nombre
insignifiants de combattants ont été les premiers Arabes à vaincre
l’armée israélienne au sol. Leur victoire a réduit Israël en
lambeaux. La puissance de dissuasion israélienne s’est
complètement dissoute. C’est déjà devenu un sujet de recherche
historique. Le commandement suprême de l’armée israélienne a été
lui aussi choqué : un mois après la guerre, le général Udi Adam,
commandant en chef du Front Nord, démissionnait., Le chef
d’état-major de l’armée israélienne Dan Halutz ne tarda pas à
faire de même. Amir Peretz, le ministre de la Défense, fut
remplacé par l’ancien Premier ministre Ehud Barak. Il est plutôt
évident que les Israéliens sont parfaitement conscients de
l’ampleur de leur défaite. Mais il semble qu’ils ne sachent pas
comment s’y prendre pour réparer les dégâts. Ils sont totalement
amoureux de leur « belle vie », ils sont captivés par l’images de
la technologie et de l’aisance.
Bien que je ne sache pas si ce livre sera
traduit ou non dans d’autres langues (il est écrit en hébreu), je
le classerais dans la catégorie « à lire absolument » par toute
personne intéressée par les affaires de la région. Cet ouvrage est
une plongée dans ce qui semble être un dysfonctionnement final et
destructif de la société israélienne. Je suis convaincu que ceux
d’entre les Américains qui ont été assez débiles pour soutenir
l’appareil de guerre israélien depuis presque quarante ans, et qui
croient encore qu’Israël est une « superpuissance régionale »
doivent lire ce journal de la couardise militaire d’Israël et de
son dysfonctionnement politique généralisé.
Bien que le livre ne le dise pas explicitement,
son message est tout à fait clair : Israël agit à la manière d’un
violent ghetto juif mégalomane, motivé par quelque zèle meurtrier
bizarre et inondé de technologie meurtrière usaméricaine. Comme le
révèlent les auteurs, Limor et Shelah, en dépit du fait que le
conflit terrestre se soit déroulé sur une bande de territoire très
étroite (la frontière israélienne, au sud, et la rivière Litani,
au nord), l’artillerie israélienne n’en a pas moins trouvé le
moyen de tirer plus de 170 000 obus. En comparaison, durant la
guerre de 1973 où ils étaient opposés aux armées de deux puissants
pays, sur deux fronts très étendus, les Israéliens n’avaient lancé
que 53 000 obus. Les chiffres concernant l’aviation sont beaucoup
plus frappants encore. Bien que très peu de cibles concrètes
eussent été à la disposition du renseignement militaire israélien,
l’aviation israélienne a lancé non moins de 17 550 missions de
combat, ce qui donne une moyenne de 520 missions par jour, soit
presqu’autant qu’au cours de la guerre de 1973 (605 raids par
jour). Pourtant, en 1973, l’aviation israélienne était confrontée
à deux aviations bien équipées ; elle avait été engagée dans un
nombre important de combats air-air, et à une lutte incessante
contre les missiles sol-air soviétiques de la dernière génération.
On n’a rien vu de tel durant la seconde guerre du Liban.
L’aviation israélienne s’est uniquement consacrée au pilonnage du
territoire libanais. Elle a littéralement balancé et lancé tout ce
qui lui tombait sous la main, recourant à une méthode impitoyable
qui, par endroits (dans la banlieue Sud de Beyrouth par exemple) a
eu le même effet que les bombardements en tapis
anglo-usaméricains, de sinistre mémoire des années 40.
Pour quelle raison les Israéliens ont-ils réagi
aussi rudement à un banal incident de frontière ? Pourquoi les
hommes politiques et les chefs militaires israéliens ont-ils perdu
leur capacité d’avoir une réflexion stratégique et tactique ?
Pourquoi ont-ils, tous, échoué à définir des objectifs militaires
atteignables, ce qui aurait pu donner à leur guerre un cadre
temporel, une ligne et une justification ? Bref, pourquoi les
Israéliens ont-ils perdu les pédales ? C’est là, effectivement,
une question absolument cruciale. Bien que Limor et Shelah
s’abstiennent de poser ces questions, leur livre parvient à donner
certaines réponses. Je vais tenter de résumer certaines de leurs
opinions.
Les militaires
Commençons par l’armée. L’armée israélienne a
subi une sérieuse transformation au cours des quatre dernières
décennies. Dans les années qui suivirent l’invasion éclair de
1967, ce sont des officiers d’infanterie et des généraux des
blindés, en particulier, qui ont été promus et portés à la
direction de l’armée. L’Israël post-1967 croyait en la
Blitzkrieg, une attaque offensive mettant simultanément en
action des forces terrestres importantes, appuyées de près par un
soutien aérien. Après la guerre de 1973, en raison du succès
limité des forces terrestres et des divisions de blindés, cette
tendance a été abandonnée. Progressivement, ce sont des vétérans
des unités spéciales qui ont été promus aux hauts postes de
commandement. Le plus célèbre de ces vétérans a probablement été
Ehud Barak, un officier de commandos couvert de décorations, qui
conclut sa carrière comme chef d’état-major. C’est lui qui, en
tant que chef de l’état-major, a nommé ses ex-subordonnés aux plus
hauts postes dans le commandement suprême israélien. Les officiers
d’infanterie ont, quant à eux, été mis sur la touche.
Cette mutation de l’armée israélienne était
motivée par deux éléments : tout d’abord, les services de
renseignement présumaient qu’aucun pays arabe n’envisagerait de
mener une guerre totale contre Israël dans un futur proche ;
deuxièmement, depuis la première Intifada et la montée générale
d’une résistance civile palestinienne, l’armée israélienne se
trouvait de plus en plus engagée dans des opérations de police.
Devant une telle évolution, il n’y avait plus de grand besoin d’un
entraînement militaire en vue d’opérations terrestres d’envergure.
Les brigades de blindés et de l’artillerie semblaient devenues
superflues, et même obsolètes, face aux nouveaux besoins émergents
de l’Etat juif. De grandes unités de soldats combattants furent
détournées vers des tâches policières en Cisjordanie et dans la
bande de Gaza. Dans le cadre de ce changement de scénario, ce
furent initialement des unités spéciales de sécurité, avec leurs
propres chefs, qui prirent la tête de ce que les Israéliens
percevaient comme leur propre « guerre contre le terrorisme ». En
conséquence un nombre croissant de vétérans des commandos prirent
le chemin du commandement en chef de l’armée, puis carrément de la
vie politique israélienne, qui est extrêmement militarisée.
Mais la messe n’était pas dite ; il ne fallut
pas bien longtemps pour que les unités spéciales israéliennes
démontrent leur incapacité à régler le problème constitué par ce
qui semblait être une résistance civile palestinienne croissante.
Envoyer le sel de la terre juive dans la bande de Gaza à l’heure
du laitier s’avérait bien trop dangereux. Il faut dire qu’autant
les Israéliens adorent voir leurs jeunes boys terroriser
des Palestiniens, autant ils ne supportent pas de voir leurs
Rambos adorés tomber dans des embuscades et se faire tuer.
Il ne fallut pas longtemps avant que la tâche
de se colleter avec le défit palestinien soit confiée à
l’aviation. Capitalisant sur quelques technologies usaméricaines
avancées, Israël envoya ses F-16 et ses hélicoptères armés Apache
lancer des missiles téléguidés contre des cibles civiles et
militaires palestiniennes. La philosophie en était plutôt simple :
l’aviation israélienne avait pour raison d’être de maintenir les
Palestiniens dans un état d’effroi permanent. C’est pourquoi, au
cours de la dernière décennie, l’aviation israélienne est devenue
la force de pointe dans la guerre contre la Palestine, contre le
peuple palestinien et contre sa direction islamique émergente.
L’aviation a rapidement mis au point une nouvelle tactique
militaire, qui n’a pas tardé pas à être baptisée « assassinats
ciblés ». D’après la nouvelle doctrine militaire israélienne, tout
ce dont on avait besoin, c’était d’un peu de renseignements
récoltés au sol, suivis d’un jet israélien isolé, lançant un
missile téléguidé usaméricain sur une bande de Gaza densément
peuplée. Les effets de cette tactique furent plutôt évidents. Dans
beaucoup de cas, les Palestiniens visés furent assassinés, mais
dans beaucoup de cas, aussi, ils trouvèrent la mort en compagnie
de civils innocents qui avaient eu la malchance de se trouver dans
le voisinage. Ces malheureux se trouvaient au mauvais endroit au
mauvais moment ! Dans de nombreux autres cas, les pilotes
manquaient de renseignements ou étaient induits en erreur par
eux. Résultat : beaucoup de civils palestiniens, dont
principalement des vieillards, des femmes et des enfants,
trouvèrent la mort. Bien entendu, personne, en Israël, ne s’en
souciait le moins du monde. Quand on demanda à Dan Halutz, alors
commandant de l’aviation, ce qu’on éprouve quand on a lancé une
bombe qui a tué quatorze civils palestiniens, sa réponse fut
courte et simple : « Vous ressentez une légère secousse, du côté
de l’aile gauche ». Halutz, l’officier au sang froid, l’homme qui
donna l’ordre d’assassiner tant de Palestiniens, était l’homme
qu’il faut à la place qu’il faut: on ne tarda donc pas à le prier
de prendre la tête de l’armée israélienne.
Au fil du temps, le gouvernement israélien
s’abstint de mettre en danger la vie de ses jeunes soldats. La
« guerre contre le terrorisme » israélienne était devenue
particulièrement sûre, et ressemblait à un jeu électronique.
Sheikh Yassine, le Dr. Al Rantissi et beaucoup d’autres civils
tombèrent, victimes de cette forme de tactique meurtrière.
Apparemment, la direction militaire israélienne s’est laissée
griser par le succès de sa nouvelle méthode d’assassinat. Le
peuple d’Israël avait un nouveau Dieu, à savoir : la « supériorité
technologique ». La dernière fournée de généraux israéliens, dont
la plupart étaient d’anciens pilotes et des vétérans d’unités
spéciales, s’habitua à l’idée qu’Israël était en mesure de
maintenir sa suprématie régionale en capitalisant sur sa
supériorité technologique et sur sa puissance de feu écrasante.
Comme le révèlent Limor et Shelah dans leur
livre, au cours des dix dernières années, les soldats israéliens
ont littéralement arrêté de s’entraîner à une forme quelconque
d’opération tactique de grande envergure au sol. Avec une aviation
pourchassant les ennemis d’Israël jusque dans leur chambres à
coucher, à quoi bon les tanks et l’artillerie ? De jeunes
tankistes furent redéployés, immédiatement après un entraînement
initial minimal, dans des tâches élémentaires de surveillance dans
les territoires occupés. En pratique, non seulement ces soldats
ignoraient totalement leurs missions militaires d’origine, dans
les tanks et dans l’artillerie, mais ils n’étaient absolument pas
familiarisés avec une forme quelconque de manœuvres tactiques
opérationnelles. Autrement dit, l’armée israélienne perdit ca
capacité à être prête en cas de guerre.
Si bien que les Palestiniens ont gagné
Beaucoup d’analystes considèrent la Résistance
palestinienne comme quantité négligeable du point de vue
militaire. En fin de compte, une bande de gosses lançant des
pierres ne peuvent pas faire beaucoup de dégâts. Mais à la lecture
de Limor et Shelah, on comprend qu’en réalité la lutte des
Palestiniens était, de fait, tout, sauf quantité négligeable. En
réalité, c’est précisément la résistance civile palestinienne qui
a réussi à épuiser l’armée israélienne. C’est la résistance
palestinienne qui a mis l’armée israélienne dans un état de
paralysie. C’est la résistance palestinienne, qui a fait disperser
les effectifs de l’armée israélienne jusqu’aux limites extrêmes,
et qui l’a empêchée de s’entraîner en vue de « la prochaine
guerre ». Ce sont les Palestiniens, qui ont fait des soldats
israéliens et de leurs officiers une bande de couards préférant
gagner des guerres confortablement installés devant leurs écrans
d’ordinateurs, en manoeuvrant des manettes. De fait, ce sont les
Palestiniens qui ont démantelé d’une manière dévastatrice la
préparation à la guerre de l’armée israélienne.
C’est tout à fait comme l’a suggéré le Cheikh
Hassan Nasrallah dans un de ses discours les plus éloquents.
Israël, de fait, « se cachait derrière sa supériorité
technologique, à la seule fin de dissimuler sa couardise et son
incompréhension des implications qu’avait pour lui le fait de
vivre au Moyen-Orient » [discours de Beint Jbeil, après
l’évacuation israélienne]. L’armée israélienne s’est habituée à
écraser des civils palestiniens sous les décombres de leurs
maisons, à assassiner leurs leaders émergents, à terroriser des
femmes enceintes aux barrages routiers, à bombarder de jeunes
enfants dans leurs salles de classe, et tout cela était très
facile. Pourtant, quand on demanda à l’armée israélienne de
combattre quelques petits groupes d’enthousiastes paramilitaires
faiblement entraînés, elle s’effondra honteusement. Elle
s’effondra, en dépit de sa supériorité technologique ; elle fut
battue, en dépit de sa puissance de feu écrasante, en dépit,
aussi, du soutien odieux apporté par Bush et Blair. Si l’armée
israélienne s’est effondrée, c’est parce qu’elle était
incompétente, parce qu’elle n’était pas prête au combat, parce
qu’elle ne savait pas comment combattre et, plus inquiétant encore
pour les Israéliens, parce qu’elle ne comprenait même pas pour
quoi elle se battait.
Peu de temps après que le conflit au Liban fut
devenu une guerre totale (tout du moins aux yeux des Israéliens),
il devint clair, pour la plupart des généraux israéliens, que
l’armée israélienne ne disposait pas des moyens de faire cesser la
pluie des roquettes Katyusha lancées par le Hezbollah. Si
l’objectif initial des Israéliens avait été d’arrêter les
roquettes Katyusha et de ramener à la maison les deux réservistes
israéliens faits prisonniers, ces objectifs s’avérèrent être hors
d’atteinte. Le commandant israélien comprit très tôt qu’en
l’absence de renseignement pertinent et de qualité, la supériorité
de la puissance de feu et des technologies israéliennes perdait
toute pertinence. Aussi curieux que cela puisse paraître, il
fallut seulement quelques jours aux dirigeants israéliens pour
adopter une sorte de vocabulaire néo-structuraliste. Au lieu de
fournir au peuple d’Israël une bonne et franche « victoire »
immédiate, ils se mirent – tous, sans exception – à communiquer en
termes de « discours de victoire ». Plusieurs jours après le
lancement de la campagne armée, les militaires israéliens se
mirent à parler en termes d’ « image de victoire », plutôt qu’en
termes de « victoire » tout court. Shimon Peres ses mit, quant à
lui, à utiliser l’expression « perception d’une victoire ». Rien
n’y fit : même la « perception », même l’ « image » d’une
improbable victoire s’avérèrent totalement hors de portée.
La Seule-Démocratie –du-Moyen-Orient
Aussi
pitoyable qu'eût été l’armée israélienne, le gouvernement
israélien ne valait guère mieux. Ehud Olmert, le Premier ministre,
l’homme qui avait voté le « désengagement » israélien de certains
territoires palestiniens, ne comprenait que dalle aux questions
militaires. Comme si cela ne suffisait pas, Amir Peretz, le
ministre travailliste, cet homme qu’Olmert avait nommé ministre de
la Défense, était tout aussi dépourvu de toute connaissance en
matière de défense. Pour la première fois de toute son histoire,
Israël était dirigé par deux politiciens professionnels sans
expérience militaire [Amir Peretz a tout de même été parachutiste,
mais peut-être dans les bureaux, NdT]. À première vue, on pourrait
s’attendre à ce qu’un changement aussi dramatique aurait eu pour
effet de calmer les tendances israéliennes bellicistes tant dans
l’armée que dans l’arène politique. Dans la pratique, c’est le
contraire qui s’est produit. Tant Peretz qu’Olmert se virent
manipuler et entraîner dans un conflit à grande échelle par un
chef d’état-major assoiffé de sang. Considérant leur inexpérience
et leur peu de temps au pouvoir, ni Olmert, ni Peretz n’étaient en
mesure d’apporter des solutions alternatives créatives, qui
auraient pu, à défaut d’autre chose, éviter le conflit. Bien loin
de retenir l’armée et de donner une chance à la diplomatie, ils
ont tous deux laissé Halutz entraîner le pays dans une escalade
totalement superflue. Sans avoir une vision d’ensemble, le
gouvernement israélien finit par promettre à Halutz le temps et le
soutien nécessaires pour atteindre des objectifs qui étaient dès
le départ hors de portée.
Mais il faut dire la vérité : Olmert et Peretz
n’étaient pas tout seuls dans leur cabinet. De fait, ils étaient
entourés d’analystes militaires, d’experts du renseignement,
d’anciens généraux et de vétérans des services de sécurité. Olmert
avait, dans son gouvernement, le général de réserve Shaul Mofaz,
ancien chef d’état-major, un homme qui a passé la dernière phase
de sa carrière militaire à combattre le Hezbollah. Avi Dichter, un
vétéran des services de sécurité, était là pour lui commenter les
suggestions opérationnelles de l’armée. Ils avaient aussi dans le
gouvernement Benjamin Ben Eliezer, un général de brigade de
réserve, qui avait été un expert des affaires libanaises dans les
trente dernières années. Shimon Peres avait été lui-même Premier
ministre, et ministre de la Défense dans le passé. Le général de
réserve Ami Ayalon, ancien général de l’armée israélienne et
ancien chef des services de sécurité intérieure, offrit son aide à
Amir Peretz. Pourtant, aucun de ces experts ne réussit à
constituer un organe de prise de décision, aucun d’entre eux ne
réussit à modérer l’enthousiasme militaire des Halutz, Olmert et
Peretz. Comme une feuille au vent, le gouvernement israélien était
manipulé par les généraux, puis par l’opinion publique, qui se
retourna de manière dramatique contre la direction et ses échecs.
Le temps passant, plus la défaite militaire
devenait notoire et plus Olmert, Peretz et Halutz tentaient
désespérément de modifier le cours de la guerre, à seule fin de
sauver leur future carrière. Bien qu’ils aient pris conscience que
les chances d’obtenir la victoire étaient en train de fondre
d’heure en heure, ils étaient déterminés à présenter à l’opinion
publique quelque chose qui ressemblerait un tant soit peu à une
victoire ou au moins à une réalisation quelconque. C’est là,
apparemment, ce que signifie réellement survivre politiquement
dans la démocratie israélienne : vous devez absolument avoir
quelque chose à montrer, qui ressemble de près ou de loin à une
victoire… Pour dire les choses comme elles sont, Peretz, Halutz et
Olmert donnèrent à l’armée l’ordre de causer de réelles
dévastations supposant que cela plairait à l’électeur israélien.
Les commandements de l’aviation et de l’artillerie réagirent
instantanément : d’intenses barrages de bombes à fragmentation, de
missiles et de mines s’abattirent sur l’ensemble du Sud-Liban.
Dans les quarante-huit heures précédant le cessez-le-feu, Israël
vida totalement ses stocks de munitions. D’après Shelah et Limor,
les stocks se retrouvèrent tous « dans le rouge ».
Pour
sauver les carrières politiques d’Olmert et de Peretz, l’armée
israélienne lança de plus en plus d’opérations risquées sans
aucune utilité, d’une valeur tactique très limitée. Ces opérations
échouèrent, l’une après l’autre, sans aboutir à quoi que ce soit.
Mais elles révélèrent les faiblesses de l’armée israélienne. Elles
révélèrent une armée et une direction politique en état de
panique. Dans les heures ultimes de la guerre, des groupes
appartenant à des unités spéciales israéliennes se retrouvèrent
encerclés et affamés, tout au long du front sud-libanais, sans
aucun accès à de l’eau ou à du ravitaillement. Quelques unités de
combattants du Hezbollah avaient réussi à encercler des commandos
de choc israéliens. Apparemment, personne, en Israël, n’osa
prendre le risque d’envoyer des convois logistiques sur le champ
de bataille. De la nourriture et des munitions, largués d’avions
cargos israéliens, tombèrent entre les mains du Hezbollah. Dans
certaines zones, les commandos israéliens blessés restèrent
étendus à même le sol, attendant des secours pendant
d’interminables heures. La défaite israélienne fut totale.
L’humiliation, kolossale. Non seulement l’ « Armée Israélienne de
Défense » n’était plus capable de défendre Israël, mais elle
n’avait même pas pu se défendre elle-même !
Limor et Shelah dénoncent bien d’autres
aspects intéressants :
Des généraux qui, au au lieu d’aller au combat
avec leurs, ont préféré diriger la bataille calfeutrés dans des
bunkers à l’intérieur d’Israël.
Certains hélicoptères armés n’ont pas été
autorisés à pénétrer dans l’espace aérien libanais, à seule fin de
leur éviter d’être abattus. Résultat : des commandos israéliens
ont été abandonnés au combat contre le Hezbollah, à armes égales
(c’est-à-dire : privés de couverture aérienne…)
Un lieutenant-colonel, qui a refusé de pénétrer
au Liban à la tête de ses hommes, a reconnu avoir été déficient en
matière de connaissances opérationnelles tactiques.
Des réservistes sont montés au front presque
totalement démunis de tenues de combat, en raison de graves
pénuries dans les entrepôts d’urgence de l’armée. Certains de ces
réservistes en furent amenés à payer de leur poche pour acheter
la tenue nécessaire.
Plus de détails concernant l’affaire boursière
de Dan Halutz, le 12 juillet 2006. Apparemment, le chef
d’état-major, le général Halutz, avait téléphoné à sa banque, lui
donnant l’ordre de vendre son portefeuille d’actions, après avoir
appris la nouvelle des affrontements armés dans le Nord d’Israël.
Et ceci juste avant de donner l’ordre passer à une nouvelle étape
de l’escalade.
En apparence, l’armée israélienne est un
ectoplasme, elle est sous-entraînée, elle est lourde, elle est
bordélique, et ses dirigeants sont pourris jusqu’à l’os. La
direction politique israélienne ne vaut guère mieux. Même si
Peretz n’est plus ministre de la Défense, Olmert, Mofaz, Dichter
et, désormais, Barak – tous, des meurtriers de masse patentés –
sont encore ministres. Vu l’état de son armée, Israël devrait
considérer un changement radical de direction, il n’est plus en
mesure de combattre. Il manque d’endurance. Mais, apparemment, ça
n’est pas près d’arriver. Il semble qu’au cours des prochaines
élections israéliennes, nous allons probablement voir l’éloquent
et néanmoins belligérant Benjamin Netanyahu affronter le
belligérant et néanmoins beaucoup moins éloquent Ehud Barak.
Des années durant, nous avons eu tendance à
croire qu’Israël ne pouvait pas être battu sur le champ de
bataille. Etudier dans le détail les événements de la guerre de
l’été dernier nous permet d’entrevoir que ce n’est sans doute pas
le cas. L’État juif a connu une défaite militaire. Et cela risque
de reproduire, plus tôt qu’on pourrait le croire.
Fausto Giudice est membre de
Tlaxcala,
le réseau de traducteurs pour la diversité linguistique. Cette
traduction est libre de reproduction, à condition d'en respecter
l’intégrité et d’en mentionner l’auteur, le traducteur, le
réviseur et la source.